Je n'avais jamais lu Marie NDiaye. Comment ? quoi ! t'entends-je t'ébaubir (j'adore ce mot que je confondbiblis toujours avec ébaudir). Mais mon pauvre ami, j'ai des excuses ! Es-tu jamais entré dans une bibliothèque publique ? n'as-tu jamais été impressionné, effrayé, pour ne pas dire découragé par le nombre des livres qui farandolent sur les étagères ? Même madame Routidoux, professeur de littérature en terminale L, ne connait pas le tiers du quart de ces livres. Tu me diras, elle connait peut-être le quart du quart (ce qui fait le seizième, elle est prof de littérature, mais moi je sais compter) mais le meilleur quart du quart, elle a de la chance : ses profs et les manuels de littérature ont fait le tri pour elle.

Moi, je suis moins méthodique, j'erre dans les rayons et je pioche au hasard. Là je tombe sur Marie NDiaye. Il me semble bien qu'on en a entendu parler y a pas longtemps : ben oui, et pour cause, elle a obtenu le prix Goncourt en 2009. Et elle a aussi créé le buzz en disant qu'elle était partie vivre à Berlin car elle ne supportait plus le voisinage de Sarkozy, Besson, Hortefeux et consorts (ce qui ne peut que la rendre éminemment sympathique !).

L'autre raison qui m'a fait choisir ce livre, c'est qu'il s'agit d'un recueil de nouvelles (4 longues nouvelles) et j'aime lire les nouvelles. Je ne sais pas pourquoi il paraît que les éditeurs n'aiment pas publier de nouvelles... c'est fâcheux ! D'autant que si j'aime en lire, j'aime aussi en écrire (mais ma pauvre chérie, le vertige qui te prend à la vue des tsunamis qui déferlent à chaque rentrée littéraire et dont une petite partie seulement s'alanguit en attente d'un lecteur dans les bibliothèques devrait te dissuader d'ajouter encore à la profusion étourdissante).

SchieleUne nouvelle c'est plus concentré et plus fort qu'un roman (si c'est bien écrit), c'est un voyage express, un cinq-à-sept littéraire, une liaison adultère presque. C'est fulgurant, éblouissant, dérangeant. Ce qui n'empêche pas par la suite de remettre les pieds dans les charentaises conjugales d'un bon vieux roman au long cours. Tu ne peux pas choisir entre un week-end à Rome et un mois à Keravel, entre un carré de chocolat Marcolini et un gratin de macaronis, salade, mousse au chocolat et raisin blanc. Donc tu lis des nouvelles ET des romans. Tu vois le truc ?

Je n'ai pas fini de lire ce livre, mais jusqu'à maintenant je ne regrette pas mon non-choix (puisque je te rappelle qu'en l'occurrence c'est plutôt le livre qui me choisit). Ces nouvelles de Marie NDiaye ont une couleur très particulière. On vit dans la tête de ses personnages, on pense avec leur cerveau. Et lorsque le personnage en question est un psychopathe, on se sent vraiment à l'étroit dans ses pensées, on en éprouve une oppression physique, c'est très fort je trouve !

C'est quoi ce livre ? je te l'ai pas encore dit ? mais quelle nunuche je fais ! (lorsque j'écris nunuche, le correcteur orthographique se fâche tout rouge et me propose nunchaku... n'importe quoi !) c'est Tous mes amis.