Je viens de lire "Villa Amalia" de Pascal Quignard (je t'ai déjà parlé de cet écrivain, remember ?) capri

C'est un drôle de livre ! Mais j'ai aimé le lire !

C'est l'histoire d'une femme qui traverse des déchirement, la mort d'un amour, de deux amours, de trois amours, la mort d'une petite fille, la mort d'un vieil homme, la mort de sa mère. Mais elle traverse tout cela insensiblement on dirait, majestueusement, inexorablement, comme la proue pointue d'un bateau qui ouvre l'eau. C'est raconté froidement, chirurgicalement, une succession de faits, sans presque aucune sensation ou aucun sentiment. Tellement bien que lorsque la femme commence à éprouver du bonheur et de l'amour, on sait qu'il va se produire une catastrophe.

Du point de vue de l'écriture, il y a des façons de faire déroutantes. Par exemple le passage sans arrêt du présent au passé, et inversement, à l'intérieur même d'un paragraphe. Un lycéen trouverait ça injuste : s'il faisait cela dans un devoir, la prof écrirait en gros et en rouge dans la marge "concordance des temps !". Et il y a un des personnages qui parle à la première personne dans un chapitre alors que le livre est déjà assez avancé (à plus de la moitié) et que jusque là l'auteur a parlé de l'héroïne à la troisième personne. Tu te dis bon, OK, c'est ce personnage qui raconte alors... Mais l'auteur parle du même personnage à la troisième personne un peu plus loin...

beethoven

"Villa Amalia" c'est aussi un film (décidément, les cinéastes aiment les romans de Pascal Quignard on dirait !) de Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert, mais comme je ne l'ai pas vu, je ne t'en parlerai pas...

Un petit extrait ?
Jamais elle ne pourrait arriver à la pharmacie de l'île. Elle avait besoin de ses médicaments. Elle tenait son parapluie ouvert pour s'abriter du soleil. L'asphalte était mou. Elle avançait péniblement. Chaque pas laissait une trace dans le goudron. Puis la rue se reformait lentement. Comme si la rue elle aussi était devenue un animal qui s'éveillait. Une espèce de jeune dragon collant. Une peau arborescente, craquillée, blanche sur le pourtour, où le liquide noir perçait.
On avait l'impression de vivre quatre mille ans plus tôt. La chaleur extrême était une déesse. Tout se taisait devant elle. Tout s'écartait soudain. Les hommes avaient peur de se trouver sur son passage. On ne sortait plus que la nuit tombée. Il n'y avait pas un souffle d'air.

Quand je disais que l'écriture était froide, je ne parlais pas du climat...

Bon, il y avait un autre extrait que je voulais te faire lire parce qu'il parle d'un sujet qui m'intéresse, mais je crois que t'en as assez pour aujourd'hui, hein ? Cela fera l'objet d'une prochaine page.