08 février 2008
Héloïse et Abélard II
onc maintenant que tu connais le contexte, tu es à même de goûter toute la saveur des textes qui suivent.
Lettre II de Héloïse à Abelard
Où l'on voit que oui, ma pauvre chérie, les mecs sont tous les mêmes : ce qu'ils veulent c'est niquer, un point c'est tout !
(...) Dis moi seulement, si tu le peux, pourquoi, depuis notre conversion monastique, que tu as seul
décidée, tu m'as laissée avec tant de négligence tomber en oubli ; pourquoi tu m'as refusé la joie de tes entrevues, la consolation de tes lettres. Dis‑le, si tu le peux, ou bien je dirai, moi, ce que je crois savoir, ce que tous soupçonnent ! C'est la concupiscence, plus qu'une affection véritable, qui t'a lié à moi, le goût du plaisir plutôt que l'amour. Du jour où ces voluptés te furent ravies, toutes les tendresses qu'elles t'avaient inspirées s'évanouirent (...)
Au nom de Dieu même à qui tu t'es consacré, je te conjure de me rendre ta présence, dans la mesure où cela t'est possible, en m'envoyant quelques mots de consolation. Fais-le du moins pour que, nantie de ce réconfort, je puisse vaquer avec plus de zèle au service divin ! Quand jadis tu m'appelais à des plaisirs temporels, tu m’accablais de lettres (...) Ne serait‑il pas plus juste de m'exciter aujourd'hui à l'amour de Dieu, que de l’avoir fait jadis à l'amour du plaisir ! Considère, je t'en supplie, la dette que tu as envers moi ; prête l'oreille à ma demande. Je termine d'un mot cette longue lettre : adieu, mon unique.
Lettre III de Abélard à Héloïse
Où l'on voit que les mecs sont quand même des baratineurs de première, et cela dès le XIIe siècle !
(...) Depuis que nous avons abandonné le siècle pour nous réfugier en Dieu, il est vrai que je ne t'ai encore écrit ni pour consoler ta douleur ni pour t'exhorter au bien. Pourtant, ce mutisme n'est pas dû à la négligence, mais à la très grande confiance que j'ai en ta sagesse. Je n'ai pas cru que de tels secours te fussent nécessaires : la grâce divine te comble en effet avec tant d'abondance (...)
Lettre IV de Héloïse à Abélard
Où l'on voit que cette pauvre Héloïse est grave en manque ... (ça me fait penser à Thérèse)
Je voudrais faire une digne pénitence de ma faute (...) Comment peut‑on en effet parler de pénitence pour les péchés, quel que soit le traitement infligé au corps, si l'esprit garde encore la volonté de pécher et brûle de ses anciens désirs ? (...) D'autant que ces voluptés chères aux amants que nous avons
goûtées ensemble me furent douces et que je ne peux ni les détester, ni les chasser de ma mémoire. Où que je me tourne, elles s'imposent à mes yeux avec les désirs qui les accompagnent. Même quand je dors elles ne m'épargnent pas leurs illusions. En pleine solennité de la messe, lorsque la prière doit être plus pure, les représentations obscènes de ces voluptés captivent totalement mon âme si bien que je m'abandonne plus à ces turpitudes qu'à la prière. Alors que je devrais gémir des fautes commises, je soupire plutôt après les plaisirs perdus. Non seulement les actes réalisés, mais aussi les lieux et les moments où je les ai vécus avec toi sont à ce point fixés dans mon esprit que je refais tout avec toi dans les mêmes circonstances, et même dans mon sommeil ils ne me laissent pas en paix (...) Or, dans toute ma vie, Dieu le sait, c'est toi plus que Dieu que je crains d'offenser, à toi plus qu'à Lui que je désire plaire. C'est ton ordre qui m'a entraînée à prendre l'habit religieux, et non l'amour de Dieu. Vois quelle vie malheureuse et plus misérable que tout je mènerai si j'ai affronté cela en vain, alors que je n'ai rien à attendre comme récompense après ma mort. Longtemps ma dissimulation t'a trompé, comme beaucoup d'autres, et tu as pris mon hypocrisie pour de la piété (...)
Tu peux consulter l'intégralité des lettres là.
Commentaires
Prem's!
J'ai bien failli me faire avoir en pensant qu'il s'agissait du même post que la dernière fois, mais mes yeux bioniques m'ont vite signifié qu'il n'en était rien.
Tu as raison finalement, les hommes n'ont pas tant changé depuis tout ce temps, mais on doit tout de même reconnaître qu'une telle lettre était plus convenable qu'un "ouai jte kif grav joré pa du te lécé", non?
Ben moi, j'ai pas encore fini la salle de bain...
Alors comme ça on prendrait femme juste pour niquer ?
Ben si tu crois ça, je dois présenter toutes mes félicitations à Mr de K pour t'avoir si bien enbobinée (embobinée ?).
Parce qu'en vrai, en plus du niquage, on prend aussi une femme pour le ménage, la cuisine, le repassage, etc etc etc...
Et on la prend sauvagement ?
En quoi c'est pas bien de prendre une femme pour sa chair ?
Décidèment, les femmes d'aujourd'hui ont toujours le sens du péché ! :-)))
[Et puis elle en redemande la gourmande, lui, il ne veut pas qu'elle souffre, alors il donne, il donne, il donne !]
:-)
Héloïse : «Je voudrais faire une digne pénitence de ma faute»
Abelard : mais je vous en prie, faites…
:-)
Pour DD. (je fais comme chez moi hein!)
Bien sûr qu'il faut la prendre sauvagement.
Tu sais bien comment elles sont... elles demandent petites attentions, délicatesses et frissons dans le cou.
Mais en réalité ce qu'elles préfèrent c'est être rudoyées par des hommes emportés par leurs élans primitifs. Et s'ils sentent fort de sous les bras, ben limite elles préfèrent.
(Et pas la peine de faire vos étroites en disant que c'est pas vrai)
chèèèèèère madame de,
excuse-moi de cette petite rectification mais les héloïses aussi veulent niquer, et même quand elles disent que non avec un p'tit air angélique qu'elles veulent que des caresses on sait toi et moi (si, on le sait!) qu'elles peuvent se transformer en bêtes sauvages avides de plaisirs.
sauf que, les héloïses, elles, elles ne veulent pas que ça.
elles veulent des câlins après, des promesses d'amour et d'éternité, des enfants aussi parfois (alors que c'est con quand même parce que ça leur élargit là où on pense -je suis sur un blog de qualité alors je dis pas "chatte"- et du coup bein va falloir qu'abelard mette les bouchées doubles), des fleurs, des bijoux, des cadeaux, des voyages (tu permets, j'en profite pour passer commande auprès de mon abélard), des restaurants et toujours une haleine fraîche au réveil.
donc, chèèèèèère madame de, je trouve que c'est fragiliser l'image de la femme que d'annoncer une pareille équation. parce que, sincèrement, si mon abélard me promettait que de la tendresse et jamais de sauvageries, crois-moi je serais bien malheureuse et inassouvie.
bien sauvagement,
rocket.
repons
CarrieB >> et une telle lettre est mieux qu'un sms disant "si tu reviens j'annule tout"
;-)))
(maiheeeuu on avait dit pas de politique)
(mais c'est pas de la politique, c'est du people !)
DD & Yojik >> c'est pas un peu fini les c*nneries ? C'est un blog érudit et poétique ici ! Allez dire vos cochonneries sur skyblog !
;-D
Filaplomb >> "lui il ne veut pas qu'elle souffre" ah la la ! la mauvaise foi des mecs ! ! !
monsieur Poireau >> tu souffrirais pas un peu de schizophrénie toi ? ;-)
Rocket >> "des bêtes sauvages avides de plaisir" ??? ah ben peut-être toi mais pas moi ! ;-)))
madamedek >> menteuse !!!!
Eh ben, cette Héloïse m'a l'air d'être une nana sacrément moderne pour son époque, elle sait ce qu'elle veut la petite...et elle le dit !
(mais note, Yojik, qu'à aucun moment elle n'exprime ses désirs concernant ménage, repassage et cuisine !)
;-)
Non MissTortue. Elle ne le dit pas parce qu'elle sait que c'est implicite.
(A cette époque, c'était pas comme maintenant, les filles étaient bien élevées).
Alors d'accord on dirait que les filles ben ,elles sont pas toutes pareilles , et puis on dirait aussi que les garçons ben, eux non plus ils pensent pas tous de la même façon... d'accord ?
repons
MissTortue >> Oui elle est sacrément moderne ! A un moment elle dit qu'elle est contre le mariage, qu'elle préfère être sa maîtresse, ou même sa putain.
Yojik >> les filles étaient bien élevées peut-être, mais les fornicateurs étaient émasculés
;-)))
Tilu >> on va te nommer ministre des affaires étrangères ! tu t'y connais pour réconcilier les belligérants toi !
ben moi j'dis rien, mais j'en pense pas moins!!!
tidoigts >> ben pourquoi tu dis rien ?...
Paroles, paroles, paroles.
Et pourtant, y a qu'ça d'vrai ! (enfin, presque)
A-t-on trouvé mieux pour sublimer et conserver les sentiments ? C'est quand même mieux que le formol...
Clarinesse >> C'est ton sujet aujourd'hui !
Tout sur Abélard et Héloïse
http://www.iut-nantes.univ-nantes.fr/abelard/
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