Tout le monde a déjà entendu cette citation. Presque tout le monde sait que c'est du Shakespeare. Et beaucoup (toi au moins) savent que c'est la tirade dans Hamlet du personnage éponyme (je ne savais pas si je serais capable de le caser un jour ce mot, et dans le bon sens). Mais il faut que j'avoue que jusqu'à jeudi dernier, je ne savais pas ce qu'il y avait derrière (toi si ? baratineur !).
C'est pas que je sois prise d'un engouement subit pour Shakespeare, c'est juste une coïncidence ...

HAMLET :Zoran Music - le fauteuil gris
Être, ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte? Mourir..., dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir..., dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette Gustav Klimt - rosiers sous les arbres - musée d'Orsayrégion inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d’action... Doucement, maintenant! Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés.
Shakespeare - Hamlet - Acte III scène 1

À ce discours somme toute vraiment déprimant, dépressif, noir, et même carrément suicidaire, je n'ai qu'une chose à répondre (avec l'aide de Giono, qui était quand même surnommé "le joyeux pessimiste", faut le savoir !) :

Le héros n'est pas celui qui se précipite dans une belle mort ; c'est celui qui se compose une belle vie.
Jean Giono extrait de "précisions" (d'autres citations ).