e n’ai jamais mangé d’aussi bonnes pêches que quand j’étais petite et que nous allions en vacances dans les Pyrénées Orientales. Des petites pêches aux joues rouges et veloutées qu’on vendait au marché, intransportables car trop mûres, donc réservées à la consommation locale. Des pêches si mûres que les doigts s’enfoncent dedans quand tu les attrapes. Et quand tu les croques le jus coule sur ton menton. L’évocation de leur goût sur ma langue, doux, sucré et pourtant acidulé, parfumé, musqué, ce goût m’évoque des images de cavalcades dans les rues étroites et en pente de la vieille ville avec les enfants du quartier, l’odeur de la mer qui arrive sur le plateau avec la Tramontane, la fraîcheur de l’eau de la fontaine sur la place où nous allions nous rafraîchir entre deux jeux endiablés.

Depuis je ne mange plus de pêche. Les succédanés qu’on nous vend ici m’ont tellement déçue, avec leur chair dure, farineuse et fade. Mais comment leur en vouloir ? On les a cueillies vertes, elles n’ont pas eu droit à la caresse insistante du soleil pour développer leur arôme, la générosité de leur terroir n’a pas eu le temps de s’infiltrer en elles. Ce sont des orphelines. Peut-être serait-il charitable de les acheter quand même, pour les consoler, d’essayer d’en faire des confitures. Mais non, tant pis ! Je préfère me passer de pêche et chercher sur ma langue le souvenir du goût et de la consistance des pêches de mon enfance.