22 juin 2007

Rimbaud

Suite à mon week-end à Charleville-Mézières, j'ai enquêté sur Arthur Rimbaud : effectivement, Filaplomb avait raison, il ne portait pas trop sa ville natale dans son coeur ...

Arthur Rimbaud par Ernest Pignon-Ernest

Lettre d'Arthur Rimbaud à Georges Izambard (son professeur de lycée, parti de Charleville, avec qui il s'est lié d'amitié) - Charleville, 25 août 1870 (le 19 juillet, la France a déclaré la guerre à la Prusse, d'où les pioupious, petit nom des fantassins pendant cette guerre de 1870 - Rimbaud a 16 ans)

Monsieur,

Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! - Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus d'illusions. Parce qu'elle est à côté de Mézières, - une ville qu'on ne trouve pas, - parce qu'elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte population gesticule, prudhommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg ! C'est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l'uniforme ! C'est épatant, comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers, et tous les ventres, qui, chassepot au coeur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !... Moi, j'aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes ! c'est mon principe.

Je suis dépaysé, malade, furieux, bête, renversé ; j'espérais des bains de soleil, des promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries enfin ; j'espérais surtout des journaux, des livres...   
Rien ! Rien ! Le courrier n'envoie plus rien aux libraires ; Paris se moque de nous joliment : pas un seul livre nouveau ! c'est la mort ! Me voilà réduit, en fait de journaux, à l'honorable Courrier des Ardennes, - propriétaire, gérant, directeur, rédacteur en chef et rédacteur unique : A.Pouillard ! Ce journal résume les aspirations, les voeux et les opinions de la population ; ainsi jugez, c'est du propre !... On est exilé dans sa patrie !!! 

Edit quelques heures après :
Filaplomb me fait remarquer le néologisme "patrouillotisme" (sorte de coït surnaturel entre "patrouille" et "patriotisme") (et peut-être même "trouille). Et je me rends compte que j'aurais pu vous donner quelques explications, d'autant que j'ai découvert des mots intéressants à visiter :

Prudhomme (Monsieur Joseph), personnage d’Henri Monnier (la Famille improvisée, comédie, 1831; Grandeur et décadence de M. Joseph Prudhomme, id., 1853; Mémoires de Joseph Prudhomme, récit, 1857), prototype du petit-bourgeois ouvert au progrès, mais dont la curiosité est gâchée par le conformisme, le contentement de soi et la jobardise. (à ne pas confondre avec prud'homme)

prudhommesque adj. Litt. À la fois banal, niais et prétentieux. (de Prudhomme donc, et pas de prud'homme ...)

spadassin n. m. Litt., vieilli Assassin à gages. (et l'adjectif "spadassine" est donc aussi une invention rimbaldienne, de même que "bohémiennerie") (et l'adjectif "rimbaldien" n'est pas une invention keravelienne ...) ("keravelien" par contre est tout à fait inventé ! mais dans 150 ans, qui sait s'il ne sera pas entré dans le dictionnaire ?...)

Et un petit poème de Rimbaud, ça te dirait ?

Posté par madamedekeravel à 12:02 - - Commentaires [15] - Permalien [#]



Commentaires sur Rimbaud

    Le patrouillotisme !
    Quel génial néologisme, je le jalouse, celui-là !

    Donc, oui, Rimbaud détestait sa petite province lui qui rêvait de grandeur et finalement d'Abyssinie…
    Amusant de voir maintenant cette Charleville “supérieurement idiote entre les petites villes de province” rendre hommage au poéte qui passa sa vie à la fuir !

    Posté par filaplomb, 22 juin 2007 à 12:26 | | Répondre
  • où je découvre que le petit nom de "piou piou" a cette origine, décidement je ne me lasserai jamais des trésors de notre langue, et avec le bel Arthur en prime hummmmmm !!

    Posté par féekabossée, 22 juin 2007 à 14:02 | | Répondre
  • repons

    Filaplomb >> pour être honnête, je crois que Rimbaud aurait aussi détesté Rouen, ou Saint Etienne, ou Cognac ; je crois qu'il était du genre à rêver de l'Aventure, de la Vie exaltée, de la Passion, et donc du genre à s'ennuyer partout. Même à Harar, en Abyssinie, il a écrit : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. »

    FéeKlochette >> y'a justement un dictionnaire qui s'appelle "trésors de la langue françiase", va voir là : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fast.exe?mot=pioupiou

    Posté par madamedekeravel, 22 juin 2007 à 16:38 | | Répondre
  • Tiens ton blog est super long à s'afficher ce soir !

    Tu as bien sûr raison pour Rimbaud. Il était du genre j'ai faim du monde !!!

    Existe-t-il une bonne biographie du jeune homme ? Pas un truc people mais une vraie biographie quoi !

    Posté par filaplomb, 22 juin 2007 à 18:50 | | Répondre
  • le pauvre garçon...s'il se sentait exilé dans sa patrie, nul besoin de se demander pourquoi il avait l'idée de voyager...effectivement, il n'y a plus qu'à se tirer le plus loin possible, face à cet environnement.
    en tout cas c'est vrai qu'il était baud...

    Posté par tidoigts, 22 juin 2007 à 19:04 | | Répondre
  • repons

    Filaplomb >> je vais sans doute te décevoir, mais mes sources pour le moment c'est ça http://fr.wikipedia.org/wiki/Rimbaud et ça http://www.mag4.net/Rimbaud/index.html Si tu trouves un bouquin qui vaut le détour, dis-le nous !

    Tidoigts >> heureusement qu'il ne s'appelait pas Rinmoche

    Posté par madamedekeravel, 22 juin 2007 à 19:25 | | Répondre
  • "prudhommesquement spadassine" c'est abracadabrantesquement bouleversifiant de Rimbaldienerie....

    Posté par tilu, 22 juin 2007 à 19:59 | | Répondre
  • En même temps, ça devait être assez frustrant, Charleville, pour quelqu'un de son talent.
    Quels fabuleux néologismes à 16 ans, le génie, ça ne s'invente pas, et en plus je lui trouve un charme fou, un faux air de Hugh Grant assez craquant...

    Posté par CarrieB, 22 juin 2007 à 23:47 | | Répondre
  • J'aime beaucoup spadassin

    Y'a des mots comme ça...
    Spadassin sautille et crâne joliment, j'imagine tout à fait sa tête.
    Keravelien est majestueux et docte (barbu sûrement), une silhouette à la Hugo...
    Kikiyen porte des plumes sur son chapeau...
    ....je sors, se sors...
    Kiki

    Posté par Posuto, 23 juin 2007 à 08:30 | | Répondre
  • Bon dès aujourd'hui je commence à militer pour l'entrée de kéravélien dans le dictionnaire.

    (Je milite aussi pour l'entrée du mot jacky)

    Posté par Yojik, 25 juin 2007 à 07:10 | | Répondre
  • moi aussi...j'aurai eu un prof qui se serait appelé IZAMBARD, je serai devenue poète....

    Posté par sardine, 25 juin 2007 à 09:14 | | Répondre
  • repons

    Tilu >> toi aussi t'es un génie ? (mais n'abuse pas des néologismes toutefois ...

    CarrieB >> craquant, oui, mais d'un compliqué !... (son idylle avec Verlaine s'est tout de même finie par un coup de pistolet !)

    Kiki >> barbu ?... c'est comme ça que tu me vois ? (je suis plutôt du genre féminin, et un peu mousatchue, certes, mais pas barbue ! ! !

    Yojik >> jacky ?... j'aurai besoin d'explications !

    Sardine >> Izambard, or en barre, Yznogoud (mais en 1870 ça leur aurait pas dit grand-chose ...)

    Posté par madamedekeravel, 25 juin 2007 à 19:54 | | Répondre
  • j'auraiZu fut plus approprié...marre des claviers !

    Posté par Sardine, 25 juin 2007 à 22:26 | | Répondre
  • Décidément, Rimbaud écrit presque aussi bien que Toundramante. Bon, c'est vrai que là, il avait un an de moins.

    Posté par Cowboy, 27 juin 2007 à 23:46 | | Répondre
  • Zut le lien sur Toundramante n'est pas passé. Mon commentaire en devient tout foireux.
    Le lien était le suivant :
    http://toundramante.blog.lemonde.fr/2007/05/15

    Posté par Cowboy, 27 juin 2007 à 23:47 | | Répondre
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