La dernière fois qu'on est allés à la bibliothèque, monsieur de Keravel m'a tendu un livre en me disant "tiens, tu devrais lire ça". C'était "La vie devant soi" de Emile Ajar (alias Romain Gary), prix Goncourt en 1975.

Je ne connaissais pas Emile Ajar (ni Romain Gary) et je n'ai pas honte de l'avouer, même si ça casse mon image (commePhotographie Lehnert & Landrock - 1904 / 1930 le "j'veux du cuir !" de Souchon). Et ben j'kiffe trop ! Ca me fait penser un peu à Queneau (remember ?). C'est l'histoire d'un petit garçon,Momo, ou Mohammed, fils de pute (au sens premier), élevé par une vieille juive qui yoyotte de la touffe, Madame Rosa. La langue est celle d'un garçon de 10 ans, savoureusement erronée et décalée. Je vous ai choisi un extrait que j'aime bien, car il me rappelle un autre livre dont j'ai déjà parlé.

Une petite musique à écouter en lisant ?   

   

Ce musicien aussi, c'est monsieur de Keravel qui me l'a fait connaître. Qu'il est fort ! je crois que je l'© © © (M2K, pas René !)

Photographie Lehnert & Landrock - 1904 / 1930Donc, comme j'ai eu l'honneur, quand je suis rentré avec Madame Rosa, après cette visite chez le docteur Katz, nous avons trouvé à la maison Monsieur N'Da Amédée, qui est l'homme le mieux habillé que vous pouvez imaginer. C'est le plus grand proxynète et maquereau de tous les noirs de Paris et il vient voir Madame Rosa pour qu'elle lui écrive des lettres à sa famille. Il ne veut dire à personne d'autre qu'il ne sait pas écrire (...) Ce noir dont je vous parle, Monsieur N'Da Amédée, était en réalité analphabète car il était devenu quelqu'un trop tôt pour aller à l'école (...) Monsieur N'Da Amédée s'asseyait sur le lit (...) ou alors il mettait un pied sur le lit et restait debout pour expliquer à Madame Rosa de qu'elle devait dire par écrit à ses parents. Quand il parlait, Monsieur N'Da Amédée faisait des gestes et s'émouvait et finissait même par se fâcher sérieusement et par se mettre en colère, pas du tout parce qu'il était furieux mais parce qu'il voulait dire à ses parents beaucoup plus de choses qu'il ne pouvait s'offrir avec ses moyens de bas étage. Ca commençait toujours par cher et vénéré père et puis il se foutait en rogne car il était plein de choses merveilleuses qui n’avaient pas d’expression et qui restaient dans son cœur. Il n’avait pas les moyens, alors qu’il lui fallait de l’or et des diamants à chaque mot.