l y a du vent à Keravel aujourd’hui. Normal ! Ker = village et avel = vent.collection personnelle
Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé breton (voir ).
Pas étonnant que les bretons parlent si peu (enfin pas tous, c’est vrai ! je ne pensais plus à Annick …), pas étonnant donc qu’ils parlent si peu, la langue bretonne est si compliquée !
Quand tu lis le breton, tu es complètement perdu, comme en Chine, rien à te raccrocher !

Tu rencontres parfois des mots qui te disent vaguement quelque chose :
- korn ar gazel (ben ouais, c'est ça !)
- streat = rue, dans lequel on reconnait "street" des grands-bretons
- croaz = croisement, carrefour

Il y en a d’autres qu’à force de voir les noms de lieux tu reconnais (ker = village, ty = maison, avel = vent, plou = paroisse). Mais dans l’ensemble, c’est très hermétique.

De la raison pour laquelle il vaut mieux être borgne quand on est breton :

Le jour où je serai en forme, je vous parlerai des pluriels bretons. Aujourd'hui ? T'as raison ! foin de procrastination ...

le borgne - D.Edzard(tableau "le borgne" de D.Edzard)
Il y a en breton deux sortes de pluriel (et peut être encore d'autres que je ne connais pas ...) : celui qui désigne 2 choses allant par paire étant différent de celui qui désigne un nombre indéterminé de choses en tas.
Par exemple : œil = lagad, deux yeux (d’une même personne, une paire d'yeux) = daoulagad.

Là où ça se corse, c'est que chacun de ces deux pluriels peut lui-même se mettre au pluriel, avec la forme habituelle qui est la terminaison en -où, chacun de ces deux pluriels ayant une signification différente. Ca donne : 
- daoulagadoù = des yeux par 2, des paires d'yeux. Exemple : il était dans la sombre forêt par une nuit sans lune, épié par les yeux (daoulagadoù) d'une meute de loups affamés.
- lagadoù = des yeux en tas (si tant est qu’on puisse imaginer la chose …). Exemple : le père Tadcoz aimait sucer des yeux à son petit déjeuner ; il allait à l'abattoir et fourrait dans sa besace les yeux (lagadoù) qu'il arrachait aux têtes de moutons sanguinolantes.

Idem pour d'autres choses allant par paire : les oreilles (skouarn = 1 oreille, divskouarn = 2 oreilles, skouarnoù = 1753 oreilles),
(tableau : autoportrait à l'oreille coupée - Van Gogh)
les mains (dorn, daouarn, quand je vous disais que c'est compliqué ! ! !).
Et aussi … non, ça je vous le dirai quand les enfants seront couchés !

Ce que je viens de vous expliquer est le pluriel duel. Il y a aussi le singulier collectif, mais là, vraiment, je garde ça pour une autre fois, car j'en vois qui papillonnent déjà.

Je finis par un petit nom gentil par lequel les petits vieux appellent les jolies filles, comme on dirait poupée ou mignonne. C’est le nom qu’Yvonnick emploie pour parler à son arrière petite fille : Lagadu (littéralement : oeil noir).

Lagadu