29 juin 2006
la petite bulle de silence
L’autre nuit j’ai rêvé que je racontais une histoire à une classe d'enfants agités, et quand je me suis réveillée, l’histoire était déjà toute écrite dans ma tête (voilà qui va plaire à La Féline). A mi-chemin entre conte, poésie, divagation et rien du tout, voici l’objet, je le livre à votre bon vouloir. Et si un éditeur de livres pour la jeunesse passe par ici, qu'il mette un commentaire (et c'est quand tu veux, où tu veux).
Edit du 5 juin 2007 : spéciale dédicace à madame Musique.
Une petite bulle de silence s’ennuyait, s’ennuyait !
C’était une jolie petite bulle de silence, ronde, douce, aux reflets irisés de bleu et de
gris.
Elle était née au centre de la terre, où le seul bruit qu’on entend est celui des bulles de gaz brûlant éclatant mollement à la surface du magma en fusion « blop » « blurp ».
Comme elle s’ennuyait à mourir au centre de la terre, où il ne se passait rien, elle décida de trouver un endroit plus intéressant, et sortit dans le vaste monde par le cratère d’un volcan. L’expulsion fut violente, accompagnée de jets de cendres et de tremblements de terre. La petite bulle de silence était toute secouée.
Elle s’installa d’abord dans la chambre d’un bébé qui dormait. Dans la pénombre des rideaux tirés, elle se vautra dans un silence rond, moelleux, où l’on n’entendait que le souffle léger du bébé, petit vent souriant qui sifflait à peine en se faufilant entre les lèvres. C’était bien plus doux qu’au centre de la terre. Mais la petite bulle de silence s’ennuyait, s’ennuyait.
Elle s’éclipsa par la fenêtre entr’ouverte et, se laissant porter au fil des courants d’airs, se retrouva au dessus de l’autoroute. Des voitures, des camions se croisaient dans tous les sens : zooOM>> ZOoom<< . La petite bulle de silence était toute décoiffée. A coup sûr ici on ne s’ennuie pas, mais les gaz d’échappement piquent les yeux.
Elle grimpa le talus qui bordait l’autoroute, passa par-dessus le mur anti-bruit, et se retrouva dans une banlieue calme, bien trop calme ! Cherchant un endroit où l’on ne
s’ennuie pas, elle entendit des rires d’enfants et s’en rapprocha. C’était une cour de récréation, je crois même que c’était la cour de récréation de ton école ! Cris stridents, rires, saut, galopades, conciliabules, disputes. Mais ! Ces deux là se bagarrent ! Et s’échangent des coups de pieds et des gros mots ! La petite bulle de silence est toute cabossée.
Désespérant de trouver un endroit où l’on ne s’ennuie pas mais on l’on ne soit pas trop malmené, elle remonta un escalier, longea un couloir silencieux, bordé de portemanteaux et décoré de dessins. Elle entra dans la classe de madame Maîtresse. Il y règnait un silence studieux, meublé de sons discrets : crayon qui tombe, page tournée, chuchotis chuchotés.
Soudain la voix claire de madame Maîtresse coupa une grande tranche de silence et tous les cahiers se refermèrent. Et d’innombrables minces tranches de silence entrecoupées de bruits ronds et multicolores emplirent la classe du sol au plafond.
La petite bulle de silence frétille et danse. Les enfants chantent. La petite bulle de silence aime cela ! Et décide de s’installer ici pour toujours.
25 juin 2006
Rose
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.
Malherbe (1555-1628) - Consolation à M. du Perier
23 juin 2006
mathématikart (2)
Qu'est qu'une fractale ? (J'avais promis une suite, remember ? je la dédie à Pepina)
C'est l'histoire (classique dans le monde des fractales) de la longueur de la côte bretonne. Si tu veux calculer la distance entre Porspoder et Kersaint, par exemple, tu prends une carte et tu mesures environ 17 km.
Si tu prends une carte à échelle plus petite, tu verras plus de détails et en suivant la côte de plus près, tu trouveras une distance bien plus longue.
Et plus tu te rapproches, plus la distance augmente. Jusqu'à faire le tour de chaque grain de sable, et là la distance tend vers l'infini (c'est beau les maths non ?)
Si on mathématise un peu plus : on prend un triangle équilatéral. On enlève sur chaque côté le tiers du
milieu qu'on remplace par un triangle équilatéral. On obtient une étoile. Puis on remplace sur chaque branche de l'étoile le tiers du milieu par un triangle équilatéral. Et ainsi de suite ... Et on obtient une fractale ! (ou courbe de Koch, ou flocon de neige).
Et si on met ça en équation dans un ordi un peu poète, ça donne ça !
Des détails scientifiques et mathématiques ? allez voir là .
Tout se met en équations !
La dimension de Van Koch du chou fleur
est : 
(il faut savoir que : Le chou-fleur est l'ensemble des points qui ne sont pas dans le bassin d'attraction de l'infini par le polynôme P : z->z^2+1/4) (c'est plus clair comme ça non ? Mais sinon on peut juste admirer de loin, sans chercher à comprendre ...).
Bon, ce n'est pas la dernière fois que je vous parlerai du romantisme échevelé des mathématiques, mais là c'est assez pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro.
20 juin 2006
pedigree
A la demande de Tristana, quelques élucubrations sur le mot pedigree 
Il s'agit d'un mot anglais (Aaah, c'est pour ça qu'il n'y a pas d'accent !) provenant du français "Pied de grue" en raison de la forme des signes de filiation dans un arbre généalogique.
Le dictionnaire Larousse d'étymologie précise même : d'après une marque de trois petits traits rectilignes dans les registres anglais pour les degrés généalogiques.
Au cas où vous ne sauriez pas à quoi ça ressemble, je vous mets une photo de "pied de grue" trouvée par google :
"un pedigree" est aussi un roman de Patrick Modiano (janv 2005) que je n'ai pas lu ... (si tu l'as lu et que ça vaut le coup, mets un commentaire !)
Pied de grue amène aussi à :
- "Rue du pied de grue" : film de 1979 de JJ Grand-Jouan ,avec Philippe Noiret (qui n'a pas dû marquer les mémoires ... Si ?)
- "faire le pied de grue" : je n'ai pas cherché l'origine de cette expression, car elle est assez parlante d'elle même :

Bon, c'est tout pour aujourd'hui ! C'était juste un petit coup de langue pour se détendre. Il faut que je vous prépare la suite de mon petit cours de mathématikart ...
18 juin 2006
mathématikart (1)
Au cours de mes périgrinations sur la toile, je suis tombée sur le blog de M. John Hardy qui fait le lien entre chou romanesco et fractale mathématique, ce qui est un sujet qui m'intéresse depuis longtemps.
(monsieur de Keravel pourrait en témoigner, qui a passé un après-midi à photographier un chou romanesco à la chambre) (oui, après on l'a mangé)

Dans la nature on trouve bien d'autres objets fractals :
Et dans les fractales on trouve des objets presque nature
(les images suivantes ont été dessinées par un ordinateur qui avait fumé trop de fractales)
C'est beau hein ? Mais ce n'est pas que beau, c'est aussi très intelligent (comme moi), et tout cela a une explication mathématique ! Aujourd'hui c'était juste pour vous mettre l'eau à la bouche ... la suite au prochain numéro !
(allumeuse !)
16 juin 2006
Salomé
(Copie d'une contribution que j'ai faite au blog de La Féline qui a organisé une petite causerie collective sur la peinture)
Salomé est belle.
Salomé est fille de contrastes.
Nue et pourtant habillée, d'un tissu fin et brillant, tatouée de dentelles noires.
Elle est blanche sur un fond sombre. Et en haut de l'escalier sombre on devine le sombre roi Hérode.
Elle est lascive et pourtant sa posture n'est pas naturelle.
Elle a les yeux baissés, et pourtant c'est une fieffée salope.
Si l'on en croit l'Evangile selon Saint Luc (référence étonnante de ma part ?) cette sainte nitouche au faux air pudique malgré sa nudité, est tout de même en train d'essayer de séduire son beau-père (le mari de sa mère) pour obtenir la tête d'un homme (Jean, déjà Baptiste et futur Saint) !
Pour des détails sur cette histoire allez voir là.
Gustave Moreau devait être très troublé par le charme empoisonné de cette exquise coquine, au point qu'il en a noirci moultes feuilles de croquis, esquisses, aquarelles et autres tableaux.
14 juin 2006
merci qui ?...
J'avais une belle image à vous montrer, et un coup de gueule, j'ai regroupé les deux, n'y voyez pas malice ...
Bugget 2007 : 8700 postes de fonctionnaires supprimés dans l'enseignement, 4000 postes créés dans les secteurs "prioritaires" : sécurité, justice, défense.
(C'est moi qui ai ajouté les guillemets à "prioritaires")
(Et pour être tout à fait honnête, parmi les postes prioritaires il y avait aussi la recherche).
D'habitude je fais pas de politique ici, mais là j'ai failli tomber de ma chaise ! Alors je voudrais vous faire part de ma colère. Moins de profs, plus de flics. Si c'est comme ça que le gouvernement compte faire la vie plus douce pour la France d'en bas !...

11 juin 2006
escale à Singapour (2)
(suite de ça ... )
ous entrons dans sa chambre. Pénombre d’un store à claire voie, pas de carreaux, les sons et les odeurs comme si on était dans la rue. J’ai des dollars dans ma poche, il faut payer d’avance. Elle disparaît derrière un paravent, bruits d’eau et froissements de tissu, elle réapparaît nue. Son corps est lisse et plein, son absence de pudeur rend sa nudité obscène. Elle me tend un préservatif et me fait signe de me déshabiller. Tant de froideur et de professionnalisme me refroidiraient presque si je n’étais pas motivé par de nombreuses nuits aux rêves érotiques inassouvis.
Elle s’étend sur le lit, recouvert d’un tissu multicolore et de coussins avachis. Je me déshabille et je la rejoins. Je passe mes mains sur son corps froid, plus pour avoir l’air un peu gentleman que par envie de la caresser, car mon sexe est douloureusement dur et avide de pénétrer en elle. J’écarte ses jambes et je passe mon doigt le long de sa fente épilée. Je n’ose pas y passer la langue par peur de choquer, je sais que certaines cultures sont réfractaires à ce genre de pratique. Pourtant j’aimerais garder le souvenir du goût de cette fille sur ma langue. Son goût évoque-t-il les fleurs exotiques des jardins qui longent le port, est-elle sucrée et vaguement écoeurante comme celle des marchands de beignets dans la rue, ou est-ce le goût âcre de vase décomposée des canaux qui sillonnent la ville ?
Lorsque je pénètre en elle, j’en hurlerais de frustration. Je m’agite de façon désordonnée. Elle essaie de m’aider de quelques coups de reins experts mais mon plaisir a été si longtemps comprimé qu’il a du mal à s’exprimer. Voyant que l’affaire risque de s’éterniser, et ne voulant sans doute pas perdre un temps précieux, elle me retourne sur le dos d’une secousse savante et prends les choses en main. Elle se plante sur moi et commence une danse rapide, précise et très efficace. Mon plaisir explose au bout de quelques secondes seulement, une fulgurance douloureuse et électrique, comme un barrage qui vole en éclats et me laisse vidé, envahi d’une torpeur comateuse, avec le sentiment contradictoire d’avoir à la fois perdu et trouvé quelque chose.
Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort : mon amoureuse, dont la fente trompeuse n’est qu’un parcmètre, est déjà derrière son paravent. Re-bruits d’eau. Re-froissements de tissus. Et elle réapparaît devant moi, la façade repeinte, le fond de commerce remis à neuf. Elle me fait comprendre d’un signe que mon temps est écoulé. Je remarque tout d’un coup les rides au coin de sa bouche, les ombres sous ses yeux, les petits points qui picorent la peau à l’intérieur de ses bras.
Le plaisir physique éprouvé, si proche, est gâché par un écoeurement intense, un sentiment de honte et d’inassouvissement, une colère aussi, dont je ne sais pas si elle est dirigée contre elle ou contre moi.
Plus jamais je ne paierai une fille ! Plus jamais ! Ce n’est pas la première fois que je me le promets, mais chaque fois l’envie est plus forte que la raison, et chaque fois la brièveté du temps imparti à l’amour rend impossible les travaux d’approche pour arriver à séduire une fille et pouvoir la saillir gratuitement.
Mais cette fois, nous avons un mois, je vais avoir le temps de vivre une vraie histoire d’amour, avec tentatives d’approche, conquête difficile, consommation durement méritée et somnolence post-coïtale auprès d’une fille câline.
08 juin 2006
escale à Singapour
Chose promise (là), chose dûe ...
à D.A.
Nous sommes à quai pour au moins un mois, escale technique, panne.
Tous les mécaniciens sont réquisitionnés dans la salle des machines. Toute la journée je m’active dans le ventre métallique, odeur d’huile chaude et de rouille, acide, lumière artificielle, chaleur artificielle aussi.
Le soir venu, j’ai enfin le droit de descendre à terre, respirer un peu l’odeur de la mer, cette mer qui m’environne et que je ne vois jamais.
Je prends une douche et je sors de la cabine climatisée. La chaleur tropicale moite me saute à la figure. Au fur et à mesure que la chaloupe se rapproche du rivage, la chaleur se charge de senteurs de plus en plus violentes : marée pourrissante et frangipaniers, curry, urine et fruits trop mûrs.
Les quais grouillent de monde. Pas un grouillement organisé et technique comme celui de l’équipage sur le bateau, mais un grouillement qui parait à première vue erratique, comme celui d’une fourmilière, où les sommes de mouvements désordonnés finissent par aboutir à un résultats. 
Il faut que je trouve une fille pour épancher ma soif d’amour, accumulée durant ces longues semaines de solitude dans la promiscuité de l’équipage. La première venue fera l’affaire, pas le temps de faire la fine bouche. Les ports sont pleins de filles à vendre.
Je prends le temps quand même de regarder un peu la vitrine. Des filles de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de tous les gabarits.
J’en repère une qui me plaît, pas trop clinquante, la hanche accueillante, la bouche sensuelle. Je la regarde. Elle me sourit et m’invite à la suivre d’un signe de la tête. Nous montons, moi derrière elle, un escalier qui s’apparente plus à une échelle, dans une maison lépreuse sentant la vase et le moisi. Son cul qui se balance devant mon nez, moulé dans le tissu de la jupe, d’un rose violent, attise une envie qui me travaillait déjà au ventre.
(Photo de Karl Dubost)
à suivre (là) ...
06 juin 2006
dolabella
J'avais dit (là) que je ne parlerais plus de bateaux, je vais être obligée de me dédire ...
Cela a commencé par une visite chez le peintre Henri Landier, et un coup de foudre pour une gravure intitulée : Construction du Dolabella

Henri Landier - construction du Dolabella
Le Dolabella est un autre pétrolier de la Shell, plus ancien et plus petit que le Bellamya. Et comme tous les noms de baptême des bateaux de la Shell, c'est aussi un nom de coquillage.
Les aquariophilistes le connaissent bien : il est utilisé comme nettoyeur
Quand j'ai cherché une image du Dolabella sur Google, je suis tombée sur ça
:
Ce charmant jeune homme (beaux yeux hein ?) s'appelle Dado Dolabella (oui, je sais, les initiales sont DD, mais rien à voir ...)
Dolabella est aussi le nom de plusieurs consuls romains, d'un monument de Rome (arc de Dolabella) ...
... et d'un peintre polonais Tomasz (ou Tomasso) Dolabella (1570 - 1650).
Mais je m'égare, je m'égare ... Je cherchais un bateau non ?
Je l'ai trouvé ce bateau, sur le site déjà connu et déjà cité de warok, ci-devant marin, et aussi là .
Tous ces beaux hommes sur mon blog !
Bon, je vais prendre une douche froide moi ...
Et je ne vous promets pas que je ne vous parlerai plus de bateaux, car j'ai une autre page quelque peu maritime dans mes cartons. Mais chut !... je ne vais pas déflorer mes projets !

























