Chose promise (), chose dûe ...

à D.A.

singapourbynightptNous sommes à quai pour au moins un mois, escale technique, panne.

Tous les mécaniciens sont réquisitionnés dans la salle des machines. Toute la journée je m’active dans le ventre métallique, odeur d’huile chaude et de rouille, acide, lumière artificielle, chaleur artificielle aussi.
Le soir venu, j’ai enfin le droit de descendre à terre, respirer un peu l’odeur de la mer, cette mer qui m’environne et que je ne vois jamais.

Je prends une douche et je sors de la cabine climatisée. La chaleur tropicale moite me saute à la figure. Au fur et à mesure que la chaloupe se rapproche du rivage, la chaleur se charge de senteurs de plus en plus violentes : marée pourrissante et frangipaniers, curry, urine et fruits trop mûrs.

Les quais grouillent de monde. Pas un grouillement organisé et technique comme celui de l’équipage sur le bateau, mais un grouillement qui parait à première vue erratique, comme celui d’une fourmilière, où les sommes de mouvements désordonnés finissent par aboutir à un résultats. singapourjuperose1

Il faut que je trouve une fille pour épancher ma soif d’amour, accumulée durant ces longues semaines de solitude dans la promiscuité de l’équipage. La première venue fera l’affaire, pas le temps de faire la fine bouche. Les ports sont pleins de filles à vendre.
Je prends le temps quand même de regarder un peu la vitrine. Des filles de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de tous les gabarits.
J’en repère une qui me plaît, pas trop clinquante, la hanche accueillante, la bouche sensuelle. Je la regarde. Elle me sourit et m’invite à la suivre d’un signe de la tête. Nous montons, moi derrière elle, un escalier qui s’apparente plus à une échelle, dans une maison lépreuse sentant la vase et le moisi. Son cul qui se balance devant mon nez, moulé dans le tissu de la jupe, d’un rose violent, attise une envie qui me travaillait déjà au ventre.
(Photo de Karl Dubost)

à suivre () ...